Lorsque nous débarquons dans ce patelin, ma maîtresse prise d'un besoin urgent se précipite dans le premier bar-tabac qui se présente à sa vue.

Quand elle y entre, les conversations vont bon train : des gendarmes en grand uniforme ont envahi la salle d'honneur (c'est comme ça qu'elle s'appelle) à l'arrière de la mairie.

Personne ne sait ce qui peut bien se passer et ça jase, ça jase !

Nous, nous aurons la solution plus tard dans la soirée : dans le restaurant de l'hôtel une table pour treize est dressée et les convives attendus prennent l'apéro au salon puis ils débarquent et s'installent. Le plan de table est sommaire : les mecs (six) à un bout de la table, les femmes à l'autre.

On attend avec intérêt leur choix de menu. Mais bernique : ils reprennent un apéro et quand ils l'ont terminé, le plus fort en gueule des mâles décide qu'il se fend d'une tournée supplémentaire, si bien que le gaillard qui est plus proche de nous et qui carbure à la bière en est à sa troisième Chimay bleue. Même mon promeneur attitré, qui a pourtant eu une bonne descente à sa grande époque, commence à devenir admiratif.

La serveuse réussit enfin à leur faire choisir leur menu et un des mecs commande deux bouteilles de Sancerre blanc et deux de rouge "pour commencer".

Leur conversation est des plus intéressantes on y apprend en vrac qu'ils sont d'anciens gendarmes et qu'ils ont assisté à une cérémonie d'hommage à je ne sais trop qui et qu'il y avait même un général présent, qu'un des gusses entraîne une équipe de foot, que le buveur de Chimay est un grand amateur de poules et ses copains décident qu'ils iront au marché de Chimay lui en acheter quelques unes, mais ils ont un peu de mal à choisir la race.

Je n'ai pas assisté à la fin de cette cène à treize parce que mes patrons avaient terminé leur repas et que même quand nous sommes redescendus mon promeneur et moi pour ma sortie d'avant minuit, ils menaient toujours grand tapage dans le resto.

Mon boss, toujours philosophe, a déclaré "J'espère qu'ils rentreront à pied !"

On n'a rien vu dans le journal du lendemain (sans doute parce qu'on ne l'a pas acheté).